La qualité de l’air et la santé

publié le 16 déc. 2011 à 11:33 par Denis Dionne   [ mis à jour : 19 févr. 2012 à 09:17 ]

Note : cette page se veut un résumé et ne peut couvrir l’ensemble de la question…  qui d’ailleurs ne l’est pas même par les experts.  L’objectif est plutôt de parcourir l’historique et de lancer quelques données et références.

Les débuts – des événements qui amènent des actions

Le lien n’était pas nécessairement clair du point de vue des impacts sur la santé et c’est probablement la nuisance qui a stimulé une des premières actions ciblant la qualité de l’air. Dès 1272, le Roi Edward I interdit la combustion de charbon « de mer » sous peine de torture ou d’exécution, une des premières règlementations environnementales et probablement celle qui avait la conséquence la plus sévère (le premier contrevenant fut apparemment mis à mort immédiatement).

Une petite sélection d’évènements historiques de pollution de l’air pour une mise en contexte

Source : État du Delaware, Guide de formation : A history of air pollution events. D’autres évènements sont également présentés sous Origins of Modern Air Pollution Regulations.

  • 1948, une inversion atypique de 6 jours empêche la dispersion des émissions d’une usine de zinc en  Pennsylvanie, 20 morts, 600 malades et 1400 personnes qui exigent des soins médicaux (sur une population de 14000)
  • 1952, une inversion d’une durée de 5 jours à Londre emprisonne le brouillard chargé de polluants dus à la combustion du charbon : plus de 4000 morts y ont été attribuées.  Ce type d’incident s’est répété en 1956 (1000 morts) et 1962 (700 morts)
  • 1954, la visibilité est tellement réduite dû au SMOG à Los Angeles que, durant une journée, la pollution de l’air est blâmée pour 2000 accidents d’auto.
  • 1962, le livre Silent Spring (Printemps Silencieux) de Rachel Carson est publié, le public est alerté aux risques environnementaux associés aux activités humaines
  • 1966, Inversion de 3 jours à New York durant l’action de grâce, blâmée pour la mort de 168 personnes.
  • 1969, le dioxyde de soufre émis par des industries de l’Indiana et de Chigaco produit des pluies acides qui brûlent les gazons, les feuilles d’arbres et amène des oiseaux à perdent leurs plumes.
  • 1978, une pluie dans la West Virginia est mesurée à un pH de 2 (5000 fois plus acide qu’une pluie normale)
  • 1981, La pollution de l’air devient un enjeu international: le ministère de l’environnement du Québec informe les États-Unis que 60% des pluies acides proviennent des sources industrielles du nord-est et du mid-ouest des États-Unis.
  • 1982, une étude américaine indique que 4% des enfants d’âge scolaire ont un taux élevé de plomb (Environ 675 000 enfants étaient évalués avoir un risque de problème rénal, cérébral, anémie, retard de développement, etc.)

Ces évènements ainsi que l’avancement de la science, de la compréhension de la météorologie, de la pression du public ont amené une série d’actions, typiquement en mode réactionnel et visant un polluant ou un impact particulier à la fois.

Plus récemment…

La gestion du risque est devenue une approche utilisée par les autorités dans leurs gestions des problématiques environnementales.  La sélection des critères de performance, de limites d’opération, de standards à rencontrer est habituellement basée sur le concept d’un risque acceptable, établi selon des méthodologies et informations en constante évolution.   Le site suivant date quelque peu, mais présente un sommaire simple des principes de base d’une analyse de risque lié aux polluants atmosphériques : Risk Assessment for Toxic Air Pollutants: A Citizen's Guide.  La gestion du risque peut être faite pour l’exposition par l’air, mais également avec une approche multimédia (air – eau – sol - nourriture) tel que présenté à la figure suivante.

US-EPA schéma des facteurs et exposition aux contaminants

(Source : US-EPA Exposure Factors Handbook)

Au Québec, le MDDEP a établi une méthode de détermination et un cadre d’application et de détermination des critères de qualité de l’air. L’information sur plusieurs composés jugés prioritaires a été analysée pour déterminer les niveaux susceptibles d’amener des effets aigus, chroniques non cancérigènes et chroniques cancérigènes.  Selon les méthodologies déterminées, des critères ont été choisis afin de protéger le public contre ces effets.

En quoi consiste ce genre d’évaluation?  Un exemple intéressant est celui du benzène.  Plusieurs autorités publient les informations ayant amenées ou servies à leurs décisions règlementaires (ou de mise en place de programmes), par exemple sur le Integrated Risk Information System de l’EPA – Benzène.  Les rapports font plusieurs centaines de pages et documentent les études disponibles, le processus offre également l’opportunité à qui le veut bien de commenter sur l’approche et les données utilisées.  On y constate que le risque additionnel quantifié pour une exposition via inhalation au benzène est évalué de 2,2 x 10-6 à 7,8 x 10-6 (pour une personne exposée durant toute sa vie à 1 µg/m3 de benzène dans l’air). 

Il faut faire preuve de prudence dans l’interprétation de cette valeur (pas nécessairement à prendre tel quel, d’autres facteurs sont à considérer), mais il est intéressant de noter que le niveau de benzène ambiant au Canada (en 1998) était entre 0,3 et 1,0 µg/m3 en milieu rural et entre 1,0 et 3,2 µg/m3 en milieu urbain.  Voilà pourquoi des efforts sont mis en place pour mesurer et réduire les émissions de ce contaminant.   Il en est de même pour plusieurs autres contaminants, c’est d’ailleurs de cette façon que les autorités choisissent les composés à règlementer.

Il faut également mentionner les aspects de nuisances et d’impacts sur l’environnement qui viennent s’ajouter aux raisons menant à la mise en place de règlementations, par exemple en ce qui concerne les odeurs, la poussière, la corrosion, l’impact sur la végétation ou les plans d’eau, la visibilité, etc.  C’est d’ailleurs ces aspects qui ont enclenché la mise en place d’une gestion de la qualité de l’air de par leurs impacts perçus et vécus par tous.   Les impacts sur la santé (non aigus) sont souvent moins faciles à déceler et rarement déclarés comme tels par un individu (contrairement, par exemple, à une plainte pour des odeurs de l’usine voisine, une proportion importante des appels typiquement reçus par les autorités porte d’ailleurs sur les nuisances).

Les limites de l’approche de gestion du risque par contaminant et pour une voie d’exposition

Rien n’est parfait, mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire!  Donc l’approche est un premier pas et nous amène dans la bonne direction (hiérarchisation raisonnable des plus grands risques et mise en place d’actions pour la réduction de ces risques).  Cependant, il demeure qu’il y a quelques failles dans l’approche.  Récemment, un article faisait état des améliorations à apporter (New Directions in understanding relationships between air pollution and health outcomes, R. Wyzga et J. Mauderly, EM, AWMA, novembre 2011), voici quelques-uns des points soulevés :

  • Un type d’impact sur la santé peut-il provenir de multiples polluants, groupements possibles?
  • Y a-t-il existence de synergie entre les polluants?
  •  Amélioration requise au niveau de la compréhension des effets selon l’exposition (niveau/durée/fréquence)
  • Les facteurs génétiques ont-ils une importance?
  • D’autres facteurs environnementaux ou sociaux économiques ont-ils un rôle important?

La bonne nouvelle est que les efforts mis en places semblent donner des résultats (pour les endroits où des réductions de contaminants ont été constatées).  Ceci est supporté par les résultats présentés dans un sommaire des analyses épidémiologiques sur le sujet (Current state of evidence – Air pollution Impacts on human health, F. Laden et L. Neas, Em, AWMA, novembre 2011) qui présente quelques effets avec un lien démontré au niveau de pollution (mesuré) tel que le taux de mortalité cardiovasculaire, le taux de mortalité infantile, la réduction de la durée de vie et le taux de naissance prématurée.

À ceci s’ajoute l’impact des changements climatiques (qui module la température, humidité, exposition, etc.).  Au Québec, l’INRS a mis en place un portail (Mon climat, Ma santé) afin de communiquer des informations pertinentes sur le sujet.  On y retrouve d’ailleurs un rapport d’intérêt (Estimation des impacts sanitaires de la pollution atmosphérique au Québec) qui résume quelques statistiques pour le Québec (2002, couvrant environ la moitié de la population du Québec) : l’exposition aux contaminants mesurés par le réseau de suivi (particules fines, ozone et oxydes d’azote) a été associée à :

  • 1 974 décès prématurés
  •  414 visites à l’urgence pour des problèmes respiratoires
  • 38 visites à l’urgence pour des problèmes cardiaques
  •  246 705 journées avec symptômes d’asthme

Un autre portail d’information intéressant est celui de l’OMS, on y retrouve un résumé de certains points clefs liés à la qualité de l’air :

  • La diminution des niveaux de pollution atmosphérique peut aider à réduire la charge de morbidité imputable aux infections respiratoires, aux cardiopathies et au cancer du poumon
  • La santé respiratoire et cardiovasculaire d’une population dépend du niveau de pollution de l’air
  • Environ 1,3 millions de décès par année dans le monde seraient causés par la pollution atmosphérique en milieu urbain
  • L’exposition aux polluants n’est pas sous contrôle individuel, le rôle des autorités publiques est primordial
  • Baisse de mortalité (liée à la qualité de l’air) de 15% pour une baisse des concentrations de particules (PM10) de 70 à 20 µg/m3

 

L’OMS nous rappelle que plus de 50% de la population mondiale vit en zone urbaine et qu’en 2050 ce niveau atteindra 70%!

Un livre à lire pour ceux qui doutent toujours du lien entre la pollution atmosphérique et la santé - Planète Cœur, M. François Reeves y présente les liens (études, analyses, etc.) entre l’environnement et les maladies cardiovasculaires (de façon souvent très graphique et bien synthétisé).  La pollution de l’air y est bien couverte, mais il est intéressant de noter que d’autres facteurs qui sont présentés semblent jouer un rôle important et en synergie avec les contaminants que l’Homme génère et rejette à l’atmosphère. Son analyse a été supportée par une semblable récemment publiée dans le Journal of the American Medical Association (un sommaire est disponible sur le site Environmental Health News).

M. Reeves nous y rappelle d’ailleurs qu’on (pour un adulte et en moyenne) :

  • Mange 1 kg de nourriture par jour
  • Boit 2 kg de liquide par jour
  • Respire 20 kg d’air par jour

Chacun contrôle la nourriture et les liquides ingérés, mais pour l’air c’est autre chose… on le partage tous le même « bol », y compris pour nos rejets.  Je discuterai du principe d’un bassin d’air (air shed) dans une page web à venir, un concept qui risque de prendre sa juste place dans les années à venir.

Comments