Consommables, emballages et gaspillage – Émissions de GES, impacts environnementaux et coûts

publié le 10 juin 2013 à 06:38 par Denis Dionne

Consommables, emballages et gaspillage

Suite à la recherche d’information pour l’article sur le gaspillage alimentaire, il m’est apparu que d’autres formes de pertes étaient présentes chez l’utilisateur (à la maison et au travail) pour les produits consommables tels que savons, désinfectants, shampooings, etc.

Contrairement au gaspillage de produits alimentaires, peu d’information est disponible, aucune statistique ne semble avoir été compilée et très peu de programmes visent ceux-ci (sauf pour la portion de consommables de type « produits dangereux »)

De mon expérience personnelle, j’ai constaté que les contenants équipés de pompe (de plus en plus populaire) peuvent présenter une quantité de produit résiduelle très significative si jetés à la poubelle sans être drainé dans une autre bouteille (ou réutilisé à nouveau par un remplissage).  Les figures suivantes présentent deux exemples où l’on constate que le concept d’emballage fait en sorte que le contenu ne peut être complètement utilisé (fort heureusement, les bouteilles sont translucides, donc le consommateur constate la quantité restante, ce qui n’est pas toujours le cas).

 

fond de bouteille désinfectant gaspillage GES Environnement

Bouteille à pompe de désinfectant à main (Quantité résiduelle : 40 ml – 4,1% sur une bouteille de 980 ml)

 

fond de bouteille pompe a savon gaspillage GES Environnement

Bouteille à pompe de savon à main (Quantité résiduelle : 13 ml – 5,8% sur une bouteille de 225 ml)

La quantité gaspillée est cependant bien moins que du côté des aliments, cependant elle est significative, à un coût au consommateur et amène des impacts environnementaux évitables et amène un impact sur la facilité de recyclage des bouteilles.   Cependant, contrairement aux produits alimentaires, la quasi-totalité du gaspillage se produit chez le consommateur.  Pourquoi acceptons-nous cette perte?  C’est probablement parce que :

  • La portion gaspillée par item semble minime et sa récupération (parfois rendue ardue par le concept de contenant) semble d’un effort trop grand (manque de temps?) pour la valeur perçue
  • La portion gaspillée est invisible (bouteille opaque)
  • Ne représente qu’une fraction du budget de la majorité des ménages (En 2009, moins de 2% du budget de consommation courante d’un ménage québécois était destiné à l’achat de produits de nettoyage et d’articles de soins personnels)  
  • L’impact sur la gestion des matières recyclables n’est pas connue du consommateur, est géré par d’autres et le surcoût est amalgamé dans l’ensemble des frais de collecte

Survol des impacts de ce gaspillage – le cas du savon liquide

Environ 2,7 milliards $ de savons liquides (main et corps) ont été achetés en 2011 aux EU.  Assumant un prix de 5 $ par litre (très variable selon format) et une population de 312M c’est environ 1,7 litre de savon liquide par personne-an qui est utilisé.   On peut assumer que c’est sensiblement la même consommation au Québec, donc (pour une population d’environ 8M) 13 600 000 litres de savon liquide par année (d’une valeur d’environ 68M$)!

NOTE : Le débat est ouvert sur le savon liquide versus le savon en barre.   Les impacts dus au transport, à la production et au gaspillage lors de l’utilisation sont différents et semblent démontrer que le savon en barre est à favoriser, mais cet aspect sans être hors sujet, n’est pas celui visé ici.  Les distributeurs de mousse (remplis d’un mélange plus dilué de savon / eau) amènent toutefois des réductions de la consommation de savon et du gaspillage lors de l’application.

Pour la production de savons liquides, on peut prendre des données d’analyses de cycle de vie (ACV) pour évaluer les consommations d’énergies et les émissions de GES.  L’analyse Revision of European Ecolabel Criteria for Soaps, Shampoos and Hair Conditioner présente ces valeurs, plusieurs autres sont cependant disponibles).

Imaginons l’impact d’un gaspillage de 5% sur l’ensemble de la consommation de savon liquide au Québec …  donc 680 000 litres gaspillés.  

  • À la valeur estimée de 4 $/l c’est environ 3,4M$ de savon gaspillé au Québec
  • Le coût associé à une contamination des matières recyclées est difficilement quantifiable, mais probablement significatif.  De plus, un traitement additionnel des matières amène nécessairement des impacts environnementaux accrus (par exemple par une consommation plus grande d’eau et d’énergie)
  • Pour la production de 680 000 litres de savon et selon les données de l’ACV cité plus haut :
    • À 0,52 kg CO2é (matières premières et production) par litre de savon liquide, c’est 354 tonnes de CO2é par année qui pourrait être évitée (auquel s’ajoutent les émissions pour la distribution et vente).  C’est environ la même quantité d’émission que pour la combustion de 153 913 litres d’essence (en utilisant l’hypothèse un peu simpliste d’un facteur de 2,3 g CO2é/l d’essence)
    • À 9,74 MJ d’énergie par litre (matières premières et production), c’est 6 623 GJ d’énergie par année qui aurait pu être évité (auquel s’ajoutent les émissions pour la distribution et vente).   Cette consommation annuelle est équivalente à celle d’un bâtiment d’environ 7 792 m2 (83 870 pi2) à un taux moyen de 0,85 GJ/m2 pour les logements au Québec (en 2007), soit près de 37 logements (la dimension moyenne des logements au Canada en 2007 était de 128 m2).

Quelques pistes d’idées pour réduire ce gaspillage

Récupération et réutilisation organisée

Programmes de dons pour les produits inutilisés (savons, shampooings, crèmes) dans les hôtels, motels et autres lieux fournissant des produits (Exemple : http://www.globalsoap.org/ )

Revoir les emballages de produits pour optimiser l’utilisation du contenu

Réutilisation et remplissage des bouteilles

Échantillons gratuits non sollicités

  • Sur demande seulement!   Aucune information ne semble être publiée sur le sujet, mais une forte proportion des échantillons non sollicités se retrouvent probablement comme déchet (non recyclable)

Conclusion

On constate donc que l’impact économique et environnemental est non négligeable, et ce pour l’unique estimation d’un type de produit, pour le Québec et en excluant les impacts associés au transport et la vente de ce produit.  La réduction des émissions de GES semble donc une fois de plus liée à une économie et des cobénéfices environnementaux potentiellement très intéressants. 

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